Les différentes éditions du texte


Les différentes éditions du texte


Les Prophéties


Le texte que nous connaissons n'a pas été publié en une seule fois.


La première édition était intitulée "Les prophéties de M. Michel Nostradadus"; elle a paru en 1555, à Lyon, chez l'imprimeur Macé Bonhomme. Il ne s'agissait que d'une version partielle, limitée aux 353 premiers quatrains; dès lors, elle ne comporte que les trois premières centuries et la première partie de la quatrième.  Il n'en subsiste, dans les bibliothèques publiques, que deux exemplaires connus, l'un à Vienne et l'autre à Albi. L'ouvrage commence par une préface "ad Caesarem Nostradamum filium" datée du 1er mars. Son impression, autorisée par un privilège royal du 30 avril, a été achevée le 4 mai.


C'est dans cette édition que la présentation des quatrains est la plus moderne : ils sont numérotés en chiffres arabes. Dans les éditions suivantes, ils seront numérotés en chiffres romains, de même que les centuries, puis certaines éditions ultérieures reviendron aux chiffres arabes.


La deuxième édition connue date de 1557 ; elle a paru chez Antoine du Rosne, également à Lyon; elle ne comporte que les sept premières centuries, mais cette dernière demeure incomplète, alors que le frontispice de l'ouvrage indique "dont il en y à trois cents qui n'ont encores iamais esté imprimées". Seules deux versions ont pu être localisées : un premier exemplaire est conservé à Utrecht, tandis que deux autres exemplaires identiques provenant d'un tirage différent se trouvent à Budapest et à Moscou. La première version comporte 642 quatrains, dont un quatrain latin qui n'est pas numéroté et qui est placé à la fin de la sixième centurie, après le nonante-neuvième quatrain; la septième centurie comporte 42 quatrains; cette version a été achevée d'imprimer le 6 septembre; la mention du frontispice est complétée par l'indication "adioustée de nouueau par ledict Autheur". La seconde version comporte 639 quatrains; la sixième centurie paraît également incomplète, puisqu'elle ne comporte que 99 quatrains et il n'y a aucun quatrain latin; la septième centurie ne comporte que 40 quatrains; cette version a été achevée d'imprimer le 3 novembre. Dans les deux versions, l'ensemble des quatrains de la quatrième centurie sont présentés dans une numérotation continue.


Les éditions les plus complètes et les plus anciennes qui soient disponibles sont datées seulement de 1568; elle sortent des ateliers de Benoît Rigaud, situés à Lyon, et comportent le texte intégral des trois dernières centuries.


Plusieurs exemplaires de cette serie d'éditions sont conservés dans divers bibliothèques publiques, à Grasse, Grenoble, Chateauroux, Lyon, Marseille, Aix-En-Provence et Dresde.


Moyennant une légère rectification, le frontispice reprend l'indication antérieure "dont il y en a trois cent qui n'ont encores iamais esté imprimées" complétée par l'indication "adioustées de nouveau par ledict Autheur".


La première partie, qui comporte 126 pages, reprend les 742 quatrains publiés antérieurement, c'est-à-dire avec 99 quatrains à la sixième centurie, suivis par le quatrain en latin, et 42 quatrains à la septième centurie.


La seconde partie, qui compte 76 pages, comporte un frontispice intitulé "Centuries VIII. IX. X. qui n'ont encores iamais estées imprimees", ainsi qu'une pagination différente, qui permettent de supposer l'existence d'une édition antérieure qui a pu être limitée à ces trois dernières centaines de quatrains, peut-être d'un tirage limité; le texte commence par une longue lettre de dédicace de 21 pages, adressée à "Henry Roy de France Second" et datée du 27 juin 1558.


L'ouvrage a été édité à titre posthume, puisque la mort de Michel Nostradamus est survenue le 2 juillet 1566.


Pendant exactement vingt ans, les Centuries de Michel Nostradamus n'ont été publiées qu'à Lyon. La parution, après ce délai, des éditions de Raphaël du Petit Val (à Rouen, en 1588 et 1589), Nicolas Roffet (à Paris, en 1588), Pierre Menier (à Paris, en 1588 et 1589), Charles Roger (à Paris, en 1589), Jacques Rousseau (à Cahors, en 1590) et François de Saint-Jaure (à Anvers, en 1590), fait penser à une exclusivité accordée à Benoît Rigaud par Michel Nostradamus ou sa famille, qui aurait pris fin en 1588, indique Robert Benarza dans son "Répertoire chronologique nostradamique (1545-1989)".


Le même texte sera publié ultérieurement sous le titre de "Vrayes centuries et prophéties de Maistre Michel Nostradamus", avec l'indication qu'elles ont été revues et corrigées "suyvant les premières éditions imprimées à Avignon en l'an 1556, & à Lyon en l'an 1558".


Aucun exemplaire de ces deux dernières éditions n'a toutefois été retrouvé, bien qu'elles aient donné lieu à divers pamphets dirigés contre l'auteur de leur publication...


Cette précision figure notamment dans les éditions publiées à Leyde, en 1650, par Pierre Leffen, à Amsterdam, en 1668, par Jean Jeansson, et à Cologne, en 1689, par Jean Volcker.


C'est à partir de cette époque que le terme de "centurie" apparaît dans le titre des publications, alors que Michel Nostredame n'a jamais fait d'autre utilisation que pour désigner, à l'intérieur de l'ouvrage, les groupes de cent quatrains.


Dès lors, il n'existe aucune édition complète connue antérieure à la mort de Michel Nostradamus.


De nombreuses autres éditions postérieures publiées par divers imprimeurs sont répertoriées; elles sont disséminées dans diverses bibliothèques publiques et collections privées.


Les Almanachs et les Prognostications


Indépendamment des éditions des "prophéties", Michel Nostradamus a fait publier à partir de 1555 divers ouvrages sous des titres tels que "almanach" et "prognostication"; ces courts textes basés sur les éphémérides, comportent également des "prédictions" sous la forme de quatrains du même style, dénommés "présages"; il figurent au début du commentaire concernant chaque mois; parfois un présage général est mentionné pour l'année entière.


Ainsi, les présages ont paru au rythme de 13 par an (un quatrain pour l'anné et un quatrain pour chaque mois), sauf pour 1557, 1558 et 1560 (qui n'en présentent qu'un par mois) et pour 1567 (qui en présente 14, avec un quatrain très exceptionnel intitulé "La Fin de l'An"); les premiers ont paru en 1555 et les autres de 1557 à 1567, aucun quatrain n'ayant été composé pour 1556.


Le terme de "présage" sera utilisé, à partir du début du 17ème siècle et jusqu'à nos jours, pour désigner les quatrains publiés annuellement dans les almanachs et les prognonostications de Michel Nostradamus. Nous suivons cet usage. Dès lors, nous limiterons l'utilisation du terme "quatrain" pour désigner les quatrains publiés dans les "prophéties".


Certains présages sont manifestement de la main de Michel Nostredame, le plus souvent en se réappropriant le vocabulaire des quatrains publiés sous les titre de "prophéties".


En effet, pour tout  écrivain, "le style c'est l'homme même", disait Buffon.


Pour d'autres présages, la paternité de l'auteur original paraît difficilement contestable, même s'ils ont parfois subi des altérations, tout comme les quatrains publiés sous le titre de "prophéties", dont l'authenticité est loin d'être indiscutable dans certains cas, en particulier à cause des substitutions de mots et des interversions de groupes de vers entre quatrains qu'a fait subir au texte l'auteur de sa publication, mais qu'il est possible de repérer en examinant les assonances finales, puisque chaque quatrain est construit selon des rimes croisées.


Toutes ces publications n'ont pas été retrouvées, mais, une grande partie des "présages" conservés ou manquants figurent dans les ouvrages de Jean-Aimé de Chavigny : "La Première Face du Janus François ...", publié à Lyon en 1594, et ses "Commentaires ... sur les centuries et prognostications de Feu M. Michel de Nostradamus ...", publiés à Paris en 1596. Le premier ouvrage est d'ailleurs bilingue : l'ensemble du texte, dont les quatrains et les présages, est repris en français et en latin.


Ainsi les 141 présages cités par Jean-Aimé de Chavigny ont-il été repris sous un titre distinct dans certaines éditions postérieures des "prophéties".


On en trouve la première copie dans une édition datée de 1605 reprenant : "Les Prophéties de Maistre Michel Nostradamus, en dix centuries, avec 141 présages tirez de ceux faicts par Nostradamus es années 1555 et suivantes jusqu'en 1567. Avec les prédictions admirables pour les ans courants en ce siècle, recueillies par Vincent Sève".


Le frontispice comporte une gravure sur bois semblable à l'illustration qui se retrouve sur les éditions imprimées à Troyes par Pierre de Ruau en 1611 et 1649 et précise que le texte a été revu et corrigé "sur la copie imprimée à Lyon par Benoît Rigaud en 1568".


L'ouvrage ne comporte ni l'identité de l'imprimeur ni le lieu de l'impression, mais sa typopographie est très semblable à une autre édition parue à Troyes dans les environs de 1630 et imprimée par Pierre de Ruau,  dont les visées politiques paraissent évidentes.


Les 141 présages proviennent de l'ouvrage de Jean-Aimé de Chavigny, "La Première Face du Janus François", publié à Lyon en 1594. Toutefois, le deuxième présage repris dans cet ouvrage est un faux provenant de la main de l'auteur. Il a souvent été rapproché du quatrain II.59, qui a certainement servi de modèle pour sa confection. Il est publié sous un titre : "De l'épistre liminaire sur l'an 1555".  Composé pour illstrer les dons prophétiques de Michel Nostradamus, il vise "le grand Tende" et "l'heroiq de Vilars", l'un et l'autre fils de René, bâtard légitimé de Savoie, et cousins de feu le Duc Emmanuel-Philibert.


Le terme de "présage" sera utilisé, à partir de l'édition publiée en 1605 et jusqu'à nos jours, pour désigner les quatrains publiés annuellement dans les almanachs et prognonostications de Michel Nostradamus. Nous suivons cet usage. Dès lors, nous limiterons l'utilisation du terme "quatrain" pour désigner les quatrains publiés dans les "prophéties", c'est-à-dire dans les Centuries.


A partir de cette époque que les Présages seront fréquemment publiés à la suite des Centuries, aucun éditeur ne paraisssant avoir cherché à remonter à l'ouvrage de Jean-Aimé de Chavigny, et encore mois aux almanachs et prognostications, qui étaient déjà devenus quasiment introuvables. Il en va d'ailleurs de même pour les Centuries. Les éditeurs modernes avaient tendance à présenter comme "la meilleure" l'édition qu'ils avaient sous la main : rares furent ceux qui se lancèrent dans une comparaison des différentes versions pour justifier leurs choix; aucun ne se donna la peine de remonter au-delà des éditions du 17ème siècle. Des lors, les éditions ultérieures ne sont plus que des reproductions plus ou moins lointaines et défectueuses, ajoutant souvent de nouvelles erreurs à un texte déjà passablement corrompu.


Certaines versions originales des almanachs et prognostications permettent de compléter l'inventaire avec les présages qui ne sont repris ni par Jean-Aimé de Chavigny, ni par les éditions ultérieures, ce qui porte le nombre des présages connus à un total de 154, qui ont été recensés, publiés et commentés par Bernard Chevignard en 1999 dans son ouvrage "Présages de Nostradamus", sous la forme d'une première édition complète.


Une base de travail commune


Une version critique du texte a été établie par Rudy Cambier sur base des plus anciennes éditions disponibles dans les bibliothèques publiques lorsqu'il a commencé son travail d'analyse philologique.


Dans un premier temps, il était indispensable de procéder à une comparaison minutieuse de différentes versions publiées, afin d'identifier et de rectifier les inévitables erreurs typographiques qui peuvent se retrouver d'une version à l'autre.


Dans un deuxième temps, il s'agisssait de repérer les incompréhensions, les mauvaises lectures, les erreurs de transcription et les modifications du texte original perdu, réalisées par Michel de Nostredame, par une vérification rigoureuse de la syntaxe ancienne, mais aussi de l'orthographe et de la signification de chaque mot dans les dictionnaires de langue médiévale.


Ce texte avait été rendu accessible par un moteur de recherche sur l’espace réservé aux membres enregistrés sur le site "www.centuria.be", ouvert par le Professeur Jean-Philippe Lahouste avec le concours de son fils, Cédric Lahouste, suite à la parution de son livre : "Les Centuries - Nostradamus : la fin d'un mythe", le 10 mai 2012, sous le pseudonyme "Jehans de la Oultre", aux éditions de "La Providence".


C'est afin de permettre à tous les chercheurs de l'association de disposer d'une base de travail commune qu'il est remis en ligne sur le présent site.


Pour suivre les conventions habituelles, la numérotation des quatrains comporte d'abord un chiffre romain, pour indiquer le numéro de la centurie à laquelle il appartient, et ensuite un chiffre arabe, pour indiquer la position du quatrain dans la centurie.


La numérotation des présages est triple : tout d'abord l'année à laquelle se rapporte le présage et son positionnement dans la liste des présages connus pour l'année concernée (soit par l'original de l'almanach ou des prognostications, soit par les ouvrages de Jean-Aimé de Chavigny), ensuite sa position dans le texte des présages repris dans les éditions ultérieures établies sur base de l'ouvrage de Jean-Aimé de Chavigny, "La Première Face du Janus François" (de 1 à 141) précédée de la lettre J, et enfin sa position dans l'édition complète établie par Bernard Chevignard (de 1 à 156), suivi de la lettre P.


Ne figurent toutefois pas dans cette version, les présages ajoutés pour compléter l'édition et les modifications apportées pour tenir compte de la source la plus ancienne, à savoir, par ordre de priorités les almanachs et les prognostications qui subsistent (1557, 1561 en partie, 1562, 1563, 1565 et 1566), le "Recueil des Présages prosaiques de M. Michel de Nostredame", achevé sous forme manuscrite en 1589 par Jean-Aimé de Chavigny, "La Première Face du Janus François" publiée par le même auteur en 1594, les traductions anglaise (1559) et italienne (1567) de deux almanachs qui ne sont pas disponibles en français et les copies des présages manquants de 1557, 1558, 1560 et 1567 faites par l'Abbé Hector Rigaux et conservées à la Bibliothèque Municipale de Lyon (Fonds Chomarat, Cote A 6126)


Les variantes possibles visant à corriger les erreurs de transcription sont reprises entre parenthèses.


Le reconstitution du texte original


Dans la Préface adressée à son fils, datée du 1er mars 1555, Michel Nostradamus évoque clairement la source de son ouvrage et ce qu'il en a fait :


"Combien que plusieurs volumes qui ont esté cachés par longs siècles me sont esté manifestés. Mais doutant ce qui adviendroit en ay faict, après lecture, présent à Vulcan, que pendant qu'il les venoit à dévorer, la flamme leschant l'air rendoit une clarté insolite, plus claire que naturelle flamme, comme lumière de feu de clystre fulgurant, illuminant subit la malson, comme si elle fust esté en subite conflagration. Parquoy aflin que a l'advenir ni feusses abusé perscrutant la parfaicte transformation tant selme que solaire, & soubz terre metaux incorruptibles, & aux undes occultes, les ay en cendres convertis."


Bref, il disposait de plusieurs volumes anciens, mais après leur consultation, il les a brûlés et réduits en cendre... En droit de la procédure pénale, ça s'appelle faire disparaître des preuves... Bien pire que la police judiciaire, c'était l'Inquisition qui s'occupait à son époque des cas comme le sien, dans lesquels la possession de vieux manuscrits de forme étrange conduisait à être presque irrégrablement suspecté de sorcellerie ou de magie...


Il n'est toutefois pas impossible qu'une ou plusieurs copies l'original perdu aient survécu. C'est même l'hypôthèse la plus probablement pour un texte écrit par un moine cistercien qui a terminé sa carrière en qualité d'abbé, avec, de plus, la possibilité de transmission d'un abbé à l'autre, sinon d'une transmission d'un bibliothécaire à l'autre, le cas échéant sous le sceau du secret... On sait, par ailleurs, qu'à Cambron, notamment, chaque abbé disposait d'un coffre personnel où pouvaient être conservées les archives les plus précieuses. L'exemplaire détenu par Michel Nostredame n'était peut-être d'ailleurs qu'une copie.


Michel Nostradame écrit également dans sa préface : "... j'ay composé Livres de prophéties, contenant chacun cent quatrains astronomiques de prophéties, lesquelles j'ay un peu voulu rabouter obscurément ... ".


Le terme "rabouter" paraît suffisamment significatif du désordre que l'auteur a voulu mettre dans la publication du texte. Certaines éditions disent : "rabouter sans ordre", ce qui est encore plus clair...


Rudy Cambier explique l'état actuel du texte de la manière suivante :


"Rabouter est un terme du langage des charpentiers. Il désigne l'opération qui consister à relier deux pièces taillées en biseau lorsqu'on ne dispoe pas de "longueurs" permettant de couvrir une portée en une seule volée ou lorsqu'on veut diminuer la pente dans le bas du toit pour éloigner l'eau du mur.


(...)


Nostradamus n'a donc pas employé un mot innocent. Ce mot définit très exactement le truc qu'il utilise (... :) il a collé des pièces rapportées, au départ étrangères les unes aux autres. Il a utilisé diverses variantes du procédé : permuter tantôt deux vers entiers, tantôt le début, tantôt la fin des deux vers. Le procédé est simpliste (...), primaire. Mais qu'importe (...) : le texte s'en trouve suffisamment destructuré, car s'il s'agit, certes, d'en brouiller le sens."


Michel Nostredame publie d'abord des sortes des "ballons d'essai" (cf. les vers centuriates qualifiés dans "présages" et repris dans les almanachs et prognostications), puis le reste de l'oeuvre par fragments, en plusieurs éditions sucessives, en raboutant " les fragments provenant de son découpage. En bref, "en quoi consiste ce raboutage ? A changer les mots ou l'ordre des mots et à oscurcir le texte pour créer une atmosphère de mystère".


Dans sa lettre adressée à "Henry Roy de France Second", Michel Nostredame donne une introduction à : "... ces trois Centuries du restant de mes Propheties, paracheuant la milliade".


Dès lors, même si l'ordre et la composition des quatrains a été altérée, la structure générale de l'ouvrage est confirmé par Michel Nostredame : 1.000 quatrains répartis en 10 centuries de 100 quatrains.


Pourtant, le texte publié sous le titre de "prophéties" demeure incomplet.


Tout au plus peut-on trouver 42 quatrains dans la septième centurie dans les éditions les plus anciennes. Les éditions ultérieures n'ajoutent guère que deux à six quatrains à cette centurie.


Rudy Cambier explique cette lacune de la manière suivante :


"L'ensembre des 10 Centuries tel qu'il fut publié par Nostredame ne comprend que 948 quatrains. L'étude stylistique démontre qu'une vingtaine d'entre eux son incontestablement de la main du mage. Celui-ci a d'ailleurs bien tenté de faire publier 1.000 quatrains ... mais en abusant l'éditeur. Ce dernier refusa 52 des 400 quatrains fournis par Nostredame comme matière de la deuxième édition partielle des Centuries, au motif que "l'auteur" lui présentait comme nouveaux ces quatrains qu'il avait déjà publiés dans des almanachs, c'est-à-dire vendus à des concurrents. C'est la raison pour laquelle la septième Centurie est bizarrement incomplète."


Le détail de cette explication se fonde sur une édition comportant 48 quatrains à la septième centurie, et non pas 40 (Version de Budapest et de Moscou) ou 42 (Version d'Utrecht). Ces quatrains sont numérotés 41, 42 (avec un texte différent de la version d'Utrecht, ainsi que des éditions ultérieures), 43, 44 (avec le texte du numéro 42 de la version d'Utrecht), puis 73, 80, 82 et 83).


On retrouve les quatre derniers quatrains (73, 80, 82 et 83) dans une édition publiée à Troyes en 1611 par Pierre Chevillot, sous le titre "Autres prophéties ci-devant imprimées soubz la centurie septième".


Ils se trouvaient déja dans l'édition de 1605, où ils figuraient sous un titre pour le moins curieux : "Autres quatrains tirez de 12 soubz la Centurie septiesme : dont en ont esté rejectez 8 qui se sont trouvez és Centuries précédentes ».


En effet, ils figuraient précédemment sous les mêmes numéros dans l'édition imprimée à Paris en 1588 pour la Veuve de Nicolas Roffet qui "iouxte la copie imprimée l'an 1561", parmi les 12 quatrains numérotés de 72 à 83 placés après la septième centurie, sous un titre tout ausssi bizarre : "Propheties de M. Nostradamus ADioustées nouuellement. Centurie Septième". Cette numérotation s'explique par le fait que cette édition ne comportait que les quatrains I.1 à VI.71. En outre, les quatrains I.1 à IV.53 étaient séparés des quatrains IV.54 à VI.71 par un titre curieux "Propheties de M. Nostradamamus, adioustées outre les précédentes impressions. Centurie Quatre" qui fait penser à l'existence d'une édition intermédiaire ne comportant que ces quatrains. Cette édition se termine par 6 quatrains sous la huitième centure, qui ne figurent pas dans les éditions comportant une version complète de cette centurie. Toutefois, dans l'ensemble du texte 38 quatrains sont remplacés par la reproduction d'autres quatrains dont les vers sont inversés.


En réalité, le quatrain n° 72 figurait déjà dans une autre Centurie (VI.31), tandis que les quatrains n° 73 à 83 constituaient les présages concernant les mois de février à décembre qui devaient être publiés dans l'Alamach pour 1561 qui a été imprimé l'année précédente à Paris par Barbe Regnault. Ce ne fut pas le cas et ils furent intégrés dans l'édition des Centuries "revue et additionnée par l'Autheur, pour l'An mil cinq cien soyxante & un, de trente neuf articles à la dernière Centurie", qui a été réalisée par le même imprimeur et dont le frontispice porte la date de 1560, mais on lit à la fin de l'ouvrage la date de 1561. Cette édition disparue a été décrite comme composée de sept centuries; elle est connue par des reproductions réalisées en 1588 et 1589. L'éditeur ne semble pas connaître l'édition lyonnaise de 1557, imprimée par Antoine du Rosne, puisque les copies de 1588 et 1589 ne comportent que 74 quatrains à la sixième centurie, ni l'édition lyonnaise de 1558 comportant la lettre à "Henry Roy de France Second" datée du 27 juin 1558, que les copies de 1588 et 1589 ne reproduisent pas.


Par contre, un autre almanach pour 1561 a été publié à Paris par Guillaume le Noir et comporte les présages concernés, tant pour l'ensemble de l'année que pour chacun des mois.


Les quatrains n° 73, 80, 82 et 83, qui concernent les mois de février, septembre, novembre et décembre, ont été repris par la suite, car ils n'avaient pas été transcrits par Jean-Aimé de Chavigny, ni repris dans ses ouvrages. Pour les quatrains n° 73, 82 et 83, l'ordre des vers est inversé (3, 4, 1, 2 au lieu de 1, 2, 3, 4).


Les quatrains n° 42 et 43 ont été inserés dans un contexte politique particulier, à l'initiative des ennemis du Cardinal de Mazarin. Ainsi ce dernier est-il surnommé le "grand cresus", à cause de ses richesses; il était natif de l'ancien Royaume des Deux-Siciles et "Nizaram" est l'anagramme de son nom, qui était déjà connu dans un production pamphétaire antérieure. Il s'agissait de présager sa ruine, lorsque Paris (Lutèce) serait en guerre (Mars), ajoutant que son horoscope prédisait que sa puissance tomberait. Ces deux "mazarinades" figurent dans les éditions prétendûment publiées à Lyon en 1588, 1611 et 1649, mais vraisemblablement imprimées à Troyes vers 1649, établies à partir de l'édition de 1605, avec le titre suivant : "Les Prophéties de M. Michel Nostradamus. Médecin du Roy Charles IX. & l'un des plus excellens Astronomes qui furent jamais". L' insertion des quatrains n° 42 et 43 provoque la renumérotation du quatrain qui portait le numéro 42 dans les éditions précédentes, tel qu'il apparaît dans l'exemplaire conservé à la Bibliothèque d'Utrecht d'une édition publiée en 1557, et qui sera repris dans les éditions ultérieures qui ne compotent pas ces deux "mazarinades".


L'édition de Pierre Chevillot reprend le contenu de l'édition de 1605. Après une lettre datée du 19 mars 1605 et adressée à Henry IV par Vincent Sève, l'ouvrage reprend, sous un titre "Centurie XI", d'autres "prophéties" de Michel Nostradamus "pour les ans courans de ce siècle", sous la forme de 58 sixains, dont le style paraît très étranger à celui des quatrains, et même des présages. D'autres "prophétie"s figurent encore à la fin de l'ouvrage : 2 quatrains sous un second titre "Centurie XI" (portant les numéros 91 et 97) et 10 quatrains sur un titre "Centurie XII" (portant les numéros 4, 24, 36, 52, 55, 59, 62, 65, 69 et 71). Ces douze quatrains, ainsi qu'un treizième (portant le numéro 56 et qui figurait dans l'édition de 1605) se trouvaient dans l'ouvrage de Jean-Aimé de Chavigny publié en 1594 : " La Première Face du Janus François". D'où pouvait-il tirer l'idée d'une structure en douze centuries qui n'est attestée par aucune publication connue ? Où avait-il trouvé ces 13 quatrains, qu'il cite avec leur numérotation propre ?


Outre l'authenticité des deux derniers quatrains de la septième centurie se pose le problème de l'absence du centième quatrain à la fin de la sixième centurie, remplacée par un quatrain latin sans numérotation qui semble plutôt être un avertissement qui devrait figuer à la tête de l'ouvrage; certaines éditions postérieures comportent bien un centième quatrain numéroté à la fin de la sixième centurie, mais son authenticité paraît pour le moins contestable. En effet, Jean-Aimé de Chavigny avait reproduit un quatrain numéroté VI.100 dans son ouvrage intitulé "La Première Face du Janus François" et publié à Lyon en 1594.


Quoiqu'il en soit, en se basant sur une version comportant 948 quatrain, Rudy Cambier donne un décompte particulièrement péremptoire résultant d'une étude stylistique et d'une analyse détaillée des quatrains et des présages :


"... parmi les quatrains disséminés dans les Almanachs et les Prognostications de Nostradamus, il s'en trouve 72 qui portent incontestablement les traces de la même facture et de la même inspiration que les Centuries. Retirons donc des 948 quatrains des Centuries les 20 quatrains qui font tache; restent 928 quatrains. Ajoutons 72 quatrains susdits et le total donne 1.000 quatrains, soit 10 Centureis complètes."


Dès lors, il reste à déterminer les quatrains concernés par ce décompte...