Serie 3 : Roisin


Troisième série

Roisin

Eth


II.17
Le champ du Temple de la vierge vestale
Non esloigné d'Ethène & monts Pyrénées
Le grand conduict est caché dans la male
North getez fleuves et vignes matinées


Nicole Deligne reprend l'interprétation d'un quatrain qui a déjà été commenté par Rudy Cambier à propos de la toponymie du Village de Wodecq, où le Champ du Temple de la Vierge Vestale est le Champ de la Mère Dieu, situé à proximité de la Ferme de Cambronchaux, qui dépend de l'Abbaye de Notre-Dame de Cambron, dont la dénomination officielle est le Monastère Sainte Marie de Cambron. Ce champ, qui est proche du site de la Croix Philosophe, n'est pas très éloigné de la Ville d'Ath et des monts traversés par une chaussée conduisant vers Renaix, que les habitants appellent encore de nos jours "les Pyrennées", dont la dénomination provient de l'expression "pire Renaix", pour désigner cette voie de communication empierrée. A partir de la Croix Philosphe, en jetant un regard vers le nord, on voit d'abord, au bas de la colline, la Vallée du Ronsart, un petit cours d'eau qui prend naissance dans une percelle essartée de la forêt voisine, au sommet de la colline, des vignes mélangées à d'autres cultures. Enfin, le grand conduit caché dans la male est le trésor le plus précieux pour les Templiers, qui a été enterré dans la terre argileuse dont on se servait pour la réalisation de murs en torchis et la confection de briques, la marle, qui a donné sa dénomination à un lieu-dit voisin de la Ferme de Cambronchaux : Marloyaux.


Grâce à la pluralité de sens envisagée par Yves de Lessines, une interprétation complémentaire peut être donnée, qui concerne l'itinéraire suivi par le Templiers pour le transport de leur trésor le plus précieux, à savoir le Village de Roisin, qui comportait un imporant vignoble, en bordure de la chaussée romaine de Bavay à Tournai, dont la production était d'autant plus satisfaisante qu'à l'époque médiévale le climat était plus doux dans nos régions. Le lieu-dit "Le Vignoble" subsiste toujours sur les cartes détaillées. On retrouve également le raison sur les armoiries des familles qui possédaient les terres viticoles dans les environs du village.


Le Village de Roisin est situé sur le versant sud de la Vallée de la Haine, au début du plateau de Bavay, dans la région qui s'appelle "Les Hauts-Pays". Son territoire descend en pente d’ouest en est sur le versant occidental de la vallée creusée par la Grande Honnelle.


En 965, une charte de l'Empereur romain germanique, Othon Ier, désigne le village par la dénomination "Resin". Ainsi est-ce le fruit de la vigne qui a donné son nom à cette localité, tandis que les vignobles sont identifiés, dans les anciens documents rédigés en latin, par le terme  "vinea". Aussi "Roisin" est-il une déformation de "Raisin".


Il semble que le Village de Maurain, en tant que noyau d’habitat construit autour d’une église, soit antérieur à l'apparition du Village de Roisin, qui paraît s'être formé autour de la demeure des seigneurs locaux, qui était le siège d'une exploitation agricole. Leurs droits féodaux s'exerçaient sur les terres du Village de Maurain. Par contre, l’église de Roisin restera longtemps une annexe de la paroisse de Maurain, ce qui démontre l'antériorité de ce dernier.


Selon la Légende de Saint-Ghislain, qui aurait été écrite au 10ème sicèle ou au 11ème siècle, puis transmise par les Bollandistes, le fondateur de l'abbaye à laquelle il a donnée son nom, était de passage par Roisin en 633, alors qu'il se rendait auprès de l'Evêque de Cambrai. Il s’y arrêta dans la villa du seigneur local, dont l’épouse était en train d’accoucher avec beaucoup de difficultés. Il posa son baudrier sur le ventre de la parturiente, ce qui facilita la naissance de l'enfant, que ses parents prénommère “Baudri”. En reconnaissance, le père donna à la communauté monastique une terre qu’il possédait à Ursidungus, près de l’endroit où le saint venait de fonder la nouvelle abbaye.


On retrouvera le prénom dans la descendance de la famille seigneuriale locale, depuis Baudry Ier "du Riom", cité en 976 comme baron du Comte de Hainaut, mais également, de même que ses successeurs, comme pair du Cambrésis, en raison de son mariage avec une Dame de Blaregnies, ce qui fit entrer ce dernier village dans le patrimoine familial.


Bien que son fils et successeur se soit prénommé Allard, son petit-fils et ses autres descendants portèrent invariablement le même prénom :


  • Baudry II de Roisin (vers 1040), se mit au service de Godefroid de Bouillon;
  • Baudry III de Roisin (vers 1070) aurait participé à la première croisade avec de Godefroid de Bouillon, aux côtés de Baudouin II, Comte de Hainaut;
  • Baudri IV de Roisin (vers 1110), a servi Baudouin IV, Comte de Hainaut.
  • Baudri V de Roisin  (vers 1140), semble avoir participé à la quatrième croisade, auprès de Baudouin VI, Comte de Hainaut et Empereur de Constantinople, avec Gilles de Chin et son fils :
  • Baudry VI de Roisin (vers 1158 - vers v1208), après son retour de croisade, a épousé Béatrix de Mons, de Gossuin III de Mons, l'un des plus puissants seigneurs hennuyers de son époque;
  • Baudry VII de Roisin (1195-1271);
  • Baudry VIII de Roisin (1226-1274), décédé sans postérité, auquel a succédé son frère, Gilles Ier  de Roisin (1234-1320);
  • Baudry IX de Roisin (vers 1260-1318), a été le Grand Bailli du Hainaut, au service de Jean d’Avesnes;
  • Baudry X de Roisin (vers 1298-vers 1348), a été le Grand Bailli du Hainaut, au service de Guillaume I ou de Guillaume II;
  • Baudry XI de Roisin (1352/1378- 1422/1440) a succédé à ses deux frères, Jean de Roisin (1320/1323-1378) et Evrard de Roisin (1330-1373/1412) et a été officier, puis le Grand Bailli de Hainaut au service d’Aubert de Bavière et de ses successeurs;
  • Baudry XII de Roisin  (vers 1410-vers 1472), a été le Grand bailli de Hainaut; 
  • Baudry XIII de Roisin (vers 1435-vers 1455), qui a hérité par sa mère d’Angre, de Rampemont et de la Flamengrie;
  • Baudry XIV de Roisin, (1489-1535), qui a été le Gouverneur de la Ville d’Ath;
  • Baudry XV de Roisin (+1545), qui a obtenu par son épouse le titre de Seigneur d’Audregnies;
  • Baudry XVI de Roisin (+1607), qui est mort sans postérité, de sorte que les descendants de sa tante, Jacqueline de Roisin (1500-1553), la fille de Baudri XIV, hériteront des domaines familiaux; elle avait épousé Antoine de la Fosse, dont elle eut deux filles; l’aînée, Anne-Marie de la Fosse (née en 1540) avait épousé Robert de la Tramerie, dont les descendants porteront désormais le titre de Seigneur de Roisin.


Vers 1


Le champ du Temple de la vierge vestale
Valenciennes : Notre-Dame du Saint-Cordon


Selon la légende, en 1008, la Vierge déroula tout autour de la Ville de Valenciennes un cordon qui permit d'isoler ses habitants d'une épidémie de peste. Depuis lors, chaque année a lieu un pèlerinage d'une longueur de 14 km tout autour de la cité.


Vers 2


Non esloigné d'Ethène : Eth

& monts Pyrénées : Rampemont


Eth


Le Village d'Eth est situé en bordure de la chaussée romaine de Bavay vers Tournai, où cette voie franchit le Ruisseau du Sart. Au Moyen Age, il constitue un fief qui dépend de la Seigneurie de Roisin et qui relève à la fois de la Prévôté du Quesnois et du Comté de Hainaut, pour le service d'ost et de chevauchée.


"L'étymologie du nom de la ville d'Ath est la même que celle de son quasi-homonyme, le village français de l'Avesnois dénommé Eth. Cette étymologie est latine comme cela est si souvent le cas dans nos régions. Le fait qu'une même étymologie soit commune à deux lieux différents n'est pas plus surprenant que le hasard a fait pour Beloeil et Bailleul (Estaimpuis) et Bailleul en France, en leur donnant une même origine onomastique, en l'occurrence une banale "palissade" (latin baculiolum) pour les deux toponymes. Dans le cas de "Ath" et "Eth", il s'agit aussi d'une réalité du terrain qui relève de l'hydrographie; cette dernière en toponymie est bien commue; les deux localités sont nées au bord d'une rivière. Le village d'Ath ainsi que celui d'Eth se sont trouvés comme "ajoutés" ou "appuyés" ou "accrochés" ou "adossés" (ce qui se dit en latin ad-iectum signifiant "construire à côté d'un lieu" ou "construire un lieu en l'ajoutant à un autre) au cours d'eau; la Dendre occidentale pour l'un, le Sart pour le second."(Carl Deroux, Ath et le secret de son mystérieux toponyme, Annales du cercle royal d'histoire et d'archéologie d'Ath et de la région, 2018, Tome LXVI, p. 69)


Rampemont


Selon une hypothèse éthymologique, « rampe » et « mont » correspondent à la situation géographique du site, un mont escarpé, ce qui apparaît quand on vient d’Athis.


La Seigneurie de Rampemont était une vaste domaine qui s’étendait sur Fayt-le-Franc, Onnezies et Montignies-sur-Roc.


En 1253, Alexandre de Rampemont, chevalier, est cité comme dans le plus ancien document parvenu jusqu'à nous, comme arbitre dans un différend entre l'Ordre du Temple et l'Abbaye de Bonne-Espérance (située près de Binche). Il lui incombe de veiller à la défense des intérêts de l'Ordre du Temple. 


A cette époque, la Seigneurie de Rampemont était un alleu, mais cette localité comportait deux fiefs, l'un relevait du Comté de Hainaut, et l'autre relevait de l'Ordre du Temple, par la maison que les Templiers possédaient dans le Village de Frameries. Rampemont ne comportait aucune maison templière et n’était pas repris dans les inventaires des possessions de l’Ordre du Temple.


Les quelques seigneurs de Rampemont connus sont :


  • Jean de Rampemont, au 13ème siècle, pour avoir participé à une croisade selon une légende locale qui en faisait un seigneur odieux vis-à-vis de ses sujets, rapportée par Audin et Cambier;

  • Alexandre I de Rampemont (avant 1253 - après 1261), qui est le premier personnage familial qui soit connu par un document ; il est cité nouveau jusqu’en 1261; ainsi apparaît-il sur la liste des chevaliers qui étaient les vassaux de Marguerite de Hainaut, dans un acte concernant la fin d'un différend entre l'Abbaye de Crespin et Isabelle d'Angre et de Sebourg, à propos de droits sur les terres et les habitants de Montignies-sur-Roc; en 1261, il est choisi comme arbitre avec Raoul, le Prieur de l'Abbaye de Saint-Saulve, dans un différend entre l'Abbaye de Crespin et Gilles de Bellignies, concernant leur juridiction respective sur cette dernière localité; on ne sait rien d'autre sur lui, ni sur ses ascendants;

  • Nicolas ou Colars de Rampemont (vers 1261-vers 1336), qui est probablemen le fils probable du précédent; il est cité en 1282 comme le Seigneur de Rampemont, en tant que le vassal de l'Ordre du Temple, dans un acte qui concerne un échange de redevances avec l'Abbaye de Vicoigne; son lien familial avec Alexandre de Rampemont n'est toutefois pas établi.


Le "château-ferme" de Rampemont est une ferme fortifiée construite au 15ème siècle sur les ruines d’un premier établissement, dont il subsiste une tour-colombier et le porche d'entrée. Sa forme de quadrilatère rappelle les monastères fortifiés des ordres de chevalerie. Les murs sont construits en grès de Montignies-sur-Roc. Les bâtiments usuels comportent un logis, une remise à voitures (1619), une grange et des étables. Le porche d’entrée est une haute poterne flanquée de deux bastions trapus. Autrefois, il commandait un pont-levis permettant de franchir les douves entourant l’ensemble des constructions. Il a été racheté en 1992 par Irka Vandenbossche et Dominique Schneider, au travers de leur SPRL Pharmacie Schneider-Depouhon.


Vers 3


Le grand conduict : le saint cordon, la procession annuelle autour de la Ville de Valenciennes

est caché dans la male : la Malmaison d'Ors


Selon la légende du Saint Cordon, en 1008, la peste ravageait le Valenciennois. Les habitants, terrorisés s'en remirent aux mains divines et prièrent la Vierge Marie de leur venir en aide. Le dernier jour d'août, un moine ermite appelé Bertholin fut visité par la Notre-Dame, qui lui demanda de regrouper les habitants pour prier près de l'église qui lui était consacrée. Après sept jours, la Sainte Mère de Dieu apparut, accompagnée de nombreux anges, portant un cordon écarlate. Elle demanda aux anges d'entourer la cité et ses faubourgs avec ce cordon, puis tous disparurent lorsqu'il se furent exécutés. Elle réapparut aussitôt à Bertholin et lui demanda d'organiser, dès le lendemain, et chaque année, une procession suivant le tracé du cordon. La contagion cessa et tous les malades furent guéris. Dès l'année suivante, le pèlerinage fut mis en place. Il est possible que la peste n'ai jamais menacé la ville, car en latin "peste" signifie "fléau", et peut-être qu'une autre maladie est entrée dans la légende en prenant le nom de la peste commune.


La Malmaison d'Ors se situe au lieu dit "Donjon", sur une butte particulièrement élevée. Du haut de la tour, les templiers qui gardaient les lieux pouvaient découvrir et surveiller de loin les mouvements suspects.


Vers 4


North : Northmans, Scandinaves, Vikings

getez : se ruer

fleuves :  Escaut
et vignes : Roisin

matinées : un mastin est un sujet de sexe masculin, un domestique, un valet; faire le mastin, c'est prendre un ait humble, servile (Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française)


A l'époque des invasions normandes, les Vikings se sont rués sur les populations hennyères en suivant le cours de l'Escaut avec leurs bateaux. Leurs ravages ont laissé un souvenir intense dans les chronique médiévales. De nombreux établissements ont été pillés et détruits, en particulier divers monastères, qui ont dû être reconstruits, dont l'Abbaye d'Elnon, située à Saint-Amant-les-Eaux.